Interview de Mélanie WENGER
Exposition à la maison de quartier Montrapon-Fontaine Ecu, Besançon, du 3 au 25 octobre 2026
Entrée libre aux horaires d’ouverture au public :
Lundi, mardi et jeudi 9h > 12h et 14h > 19h
Mercredi et vendredi 9h > 12h et 14h > 18h
Samedi 9h > 12h
Vacances scolaires : Du lundi au vendredi 9h > 12h et 14h > 18h
Quelques mots pour te présenter :
Je suis une photographe documentaire française basée à Paris. Je développe des projets au long cours autour de problématiques sociétales et environnementales, en interrogeant les tensions entre culture et nature. Mon travail compose des portraits intimes de personnages singuliers et explore les récits complexes qui les traversent. Mes images sont publiées et exposées à l’international. Lauréate du Prix HSBC pour la Photographie 2017 et de la Grande Commande de la BnF 2022, j’ai notamment exposé à Visa pour l’Image en 2021 et aux Rencontres d’Arles Associées en 2025. Contributrice régulière du Figaro Magazine et de National Geographic, je transmets également ma pratique à travers des workshops et du mentorat au sein de plusieurs structures françaises.
Quand et comment as-tu débuté en photo ? Qu’est-ce qu’elle représente pour toi ?
Je travaille au développement de projets photographiques depuis maintenant dix-sept ans. Avec le temps, la photographie est devenue moins une pratique isolée qu’une manière d’enquêter, de construire un récit et d’entrer dans des réalités qui me sont étrangères. Elle me permet d’aller voir, de rester, d’observer et de confronter mes propres certitudes à celles des autres.
De quoi parle ton exposition ?
Sur les hautes plaines du Texas Panhandle, le vent souffle sans discontinuer. L’immensité fait loupe. Là-bas, on s’approprie la nature et l’air, tout a un prix, et les animaux africains sont chassés dans des ranchs aux hautes clôtures. L’industrie du gibier exotique génère environ un milliard de dollars par an aux États-Unis.
Attribuer une valeur commerciale aux animaux est à la fois une bénédiction et une malédiction. Cette pratique suscite des débats et une véritable guerre d’opinion entre les chasseurs et ceux qu’ils appellent les « antis ». Lorsqu’on les accuse de tuer des espèces protégées sur le sol américain, les ranchers répondent qu’ils sont parmi les derniers à contribuer à leur conservation, certaines des espèces qu’ils élèvent ayant presque disparu de leur environnement naturel.
Sugar Moon raconte l’histoire schizophrénique de l’industrie de la chasse aux animaux exotiques. Au cœur de la culture des armes à feu du sud des États-Unis, la série dresse également un portrait intime et cru de l’Amérique de Trump.
J’ai travaillé en immersion pendant plus de quatre ans dans les ranchs texans. J’y explore la relation entre les humains et les animaux, tout en portant mon regard sur l’industrie de la chasse. Sugar Moon a été produit avec le soutien du Figaro Magazine et de National Geographic.
En général, quels sont les sujets qui t’intéressent ? Qu’est-ce que tu y cherches, y trouves ?
Je me concentre souvent sur des personnalités à la marge, sur des personnages, sur ce que je ne comprends pas. C’est là que commence mon travail, dans l’incompréhension, dans la distance, dans la nécessité d’aller voir.
Montrer ne signifie pas approuver. Il ne s’agit jamais de mettre en valeur, mais d’interroger. Interroger le sujet de mes reportages, autant que le spectateur qui les regarde. Montrer pour créer un dialogue, même lorsque je suis en désaccord. Car sans dialogue, nous ne nous comprenons plus.
Prendre de la distance est essentiel. Comprendre l’autre ne signifie ni l’excuser ni lui donner raison. C’est simplement le début du dialogue. Aujourd’hui, nous avons tendance à ne montrer que ce que nous approuvons, comme si la photographie avait seulement ce pouvoir de valoriser, de légitimer ou de célébrer. Pour moi, c’est tout l’inverse. Son pouvoir est de nous confronter au monde, à ses contradictions, à ses différents regards.
La photographie est un moyen, un outil. Elle peut avoir un pouvoir de paix, de transition, de transformation. Ce que l’on voit, on ne peut plus tout à fait l’ignorer. Et quoi de plus puissant que de pouvoir, pendant un instant, regarder le monde avec les yeux d’un autre ?
Lien hypertexte vers le site internet où l’on peut te retrouver :
melaniewenger.com

